Implantation d’un approvisionnement sûr à Ottawa : une étape cruciale dans la lutte contre les dépendances

Depuis 2016, Ottawa vit une crise des opioïdes qui compromet gravement le bien-être des individus et des collectivités. Premiers appelés à intervenir, tant les hôpitaux que les policiers ne sont pas parvenus à atténuer le phénomène.

En fait, les interventions actuelles de lutte contre les dépendances sont coûteuses et ne règlent pas le problème croissant de la consommation de drogues toxiques, pas plus que les répercussions directes qu’a cette consommation sur les entreprises et les citoyens. La crise des opioïdes, et de façon plus générale les toxicomanies, ont des effets destructeurs sur les collectivités et leur bien-être économique en raison de l’augmentation de la criminalité et de la violence liées à la consommation. L’activité criminelle et la petite délinquance auxquelles se prêtent les gens pour entretenir les dépendances nous touchent tous, tous les jours. Et nous payons collectivement pour les échecs systémiques de mesures inefficaces.

Tandis que la police, les professionnels de la santé et les dirigeants politiques essaient de trouver une solution au problème, des attentes irréalistes sont placées depuis des décennies sur les corps policiers et les autres organes chargés de faire respecter la loi pour qu’ils mettent un terme au problème. Or, le système actuel ne fonctionne pas. Nous devons mettre la guerre contre la drogue de côté et évoluer vers une intervention axée sur la santé.

Le nombre de surdoses d’opioïdes et de décès s’explique du fait que l’on peut se procurer des drogues toxiques qui sont plus mortelles qu’autrefois. Les approches traditionnelles en matière de toxicomanie et de santé mentale, qui souvent font appel à l’abstinence, sont inefficaces. Il faut donc examiner la possibilité de compléter les approches actuelles avec de nouvelles stratégies. Les investissements consentis présentement pour soutenir une stratégie de réduction des méfaits qui prévoit, dans un premier temps, d’assurer un approvisionnement sûr en drogues doivent se poursuivre dans toute la ville si nous voulons avoir une quelconque incidence sur cette crise des opioïdes qui affecte si durement les consommateurs et les collectivités.

Depuis août 2017, Ottawa Inner City Health dirige avec succès le tout premier programme de gestion des opioïdes (MOP) en milieu résidentiel à Ottawa. Dans le cadre de ce programme, des quantités contrôlées de narcotiques oraux et injectables de qualité pharmaceutique (cette ordonnance de narcotiques est appelée « approvisionnement sûr » ou substitution d’opioïdes plus sûre) ainsi qu’un logement et d’autres mesures de soutien sont offerts à 25 personnes qui ont échoué avec d’autres approches thérapeutiques. Les participants à ce projet pilote ont vu leur vie se stabiliser et ont eu moins besoin de s’adonner à la petite délinquance dans leurs collectivités.

Alors que les pressions s’accroissent sur les entreprises et les résidents, l’actuelle pandémie COVID-19 fait ressortir encore davantage le manque de soutien accordé aux personnes plus vulnérables de notre société ainsi que la vulnérabilité des toxicomanes.

Le 27 mai, le Conseil municipal d’Ottawa tiendra un vote sur la motion du conseiller Fleury, laquelle demande au maire d’écrire aux ministres de la Santé provincial et fédéral pour solliciter leur soutien afin d’accroître l’approvisionnement sûr à Ottawa. Nous devons aller au-delà du projet pilote d’Ottawa Inner City Health.

Si Ottawa veut réaliser des progrès dans la réduction des conséquences qu’a la consommation de drogues sur les collectivités et mieux soutenir les efforts de lutte contre les dépendances, nous devons écouter les professionnels de la santé et nos organes chargés de faire appliquer la loi. Il faut que les élus locaux comprennent la valeur que revêt un approvisionnement sûr et s’expriment sur cette approche importante pour notre ville. L’amélioration de l’approvisionnement sûr à Ottawa démontre bien qu’il s’agit d’une stratégie rentable, fondée sur des données probantes. En tant que municipalité, nous devons franchir cette étape cruciale.

Docteur Jeff Turnbull (ancien chef du personnel de l’Hôpital d’Ottawa)

Sénateur Vern White (ancien chef du Service de police de la Ville d’Ottawa)

Mathieu Fleury (conseiller municipal des quartiers de la Basse-Ville, de la Côte-de-Sable et de Vanier)

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