Mise à jour sur le Château Laurier : Mes commentaires

Je tiens tout d’abord à vous remercier toutes et tous de participer à cette séance d’information et de formuler vos commentaires et vos inquiétudes au sujet de la dernière proposition d’agrandissement du Château Laurier.

Ci-après, je vous fais part de mes commentaires, qui seront consignés dans le rapport du personnel, lequel sera disponible dès le 26 février. Outre ces observations, j’estime qu’il est important de partager avec vous toutes mes préoccupations.

Une fois de plus, nous revenons à la question de la nécessité de modifier le Château Laurier, ce bâtiment emblématique niché au cœur de la cité parlementaire. Lorsque vous pensez au centre‑ville d’Ottawa, il est difficile de ne pas avoir cet édifice en tête. Bien que beaucoup puissent soutenir que la façade du bâtiment ne changera pas, cet agrandissement modifiera le panorama et affectera la vue que l’on a sur cette rangée de bâtiments historiques de la capitale nationale longeant le boulevard de la Confédération.

D’abord et avant tout, je crois qu’il est important de noter que le Conseil municipal a approuvé (je m’y suis opposé) les plans antérieurs, que n’aimaient ni la communauté ni les résidents de la ville. Ceux que l’on nous présente maintenant sont seulement le résultat de l’entente de règlement que LARCO a conclue avec Patrimoine Ottawa, qui avait interjeté appel de l’approbation du permis de patrimoine du Conseil municipal auprès du Tribunal d’appel de l’aménagement local (TAAL).

Honnêtement, les plans que nous avons sous les yeux aujourd’hui peuvent sembler meilleurs à certains, voire représenter un compromis. Cela dit, ils ne sont toujours pas adaptés à un bâtiment historique, et je reste convaincu que le Château Laurier mérite mieux.

Je ne peux pas me prononcer sur une issue que l’on ignore encore, mais je peux dire franchement que la décision que prendra le Comité et du Conseil renvoie bel et bien à ce que nous avons déjà vu, à savoir l’approbation du permis patrimonial. Si le projet de LARCO est approuvé, l’entreprise a exprimé sa volonté d’exécuter rapidement ces travaux d’agrandissement.

Et si beaucoup d’entre nous, y compris moi-même, ne sont pas très satisfaits de ce dénouement, je tiens néanmoins à remercier de nouveau les résidents d’Ottawa d’avoir fait part de leurs préoccupations, de ne pas avoir baissé les bras et d’avoir continué à le rejeter pour tenter d’obtenir le meilleur résultat possible.

Comme je l’indique dans les commentaires ci-après, le Château Laurier est l’édifice le plus emblématique de la cité parlementaire d’Ottawa et devrait à ce titre rester tel quel. Je ne vois aucun avantage à modifier cette magnifique bâtisse et j’estime qu’il y a lieu de respecter un bâtiment qui a résisté à l’épreuve du temps.

Commentaires du conseiller Mathieu Fleury : 

L’on nous présente ici la dernière version d’un projet d’agrandissement du Château Laurier. Comme nous le savons tous, cette proposition a été obtenue seulement en vertu d’une entente intervenue entre Patrimoine Ottawa et Larco visant à mettre fin à un litige déposé devant le TAAL.

J’estime important de remercier d’abord Patrimoine Ottawa de son dévouement continu et de ses efforts incessants pour s’assurer que le patrimoine de la ville soit protégé, reconnu et ne tombe pas dans l’oubli. Je tiens aussi à saluer la vague de commentaires et de préoccupations qu’ont envoyés les résidents de Lowertown, d’Ottawa et de tout le pays soucieux de l’avenir que ce projet d’agrandissement du Château Laurier réservait à cette partie du patrimoine de la capitale nationale. Ce que l’on pourrait qualifier d’ajout disgracieux a été amélioré grâce aux efforts de ces personnes et tout particulièrement à la persévérance et aux pressions de Patrimoine Ottawa.

Je sais également gré à Larco d’avoir admis que sa demande antérieure ne convenait pas. Toutefois, c’est uniquement grâce aux efforts de mobilisation de toute la communauté, au refus du Comité de dérogation d’approuver une demande de dérogation mineure et à la bataille juridique en cours que nous nous retrouverons ici aujourd’hui. Je remercie Larco d’avoir communiqué avec nous et de s’être assis à la table avec Patrimoine Ottawa, disposé à discuter avec les experts en patrimoine d’une solution susceptible d’être finalement appropriée. J’aurais vraiment préféré éviter de faire intervenir le TAAL dans ce différend pour obtenir cette version. Ce litige est d’ailleurs la seule raison pour laquelle on nous présente cette résolution achevée et ce projet de conception.

Le processus d’examen a posé un défi au Conseil municipal. Chaque fois que ce dernier prend une décision, celle-ci a des répercussions sur les droits et les exigences du propriétaire d’un bien-fonds privé. Le Conseil municipal en a l’habitude. Cela dit, ici, l’importance que revêt le Château Laurier dans le paysage de la capitale du pays, peu importe qu’il appartienne à des intérêts privés, a montré les limites de notre processus habituel d’examen.

Je tiens à souligner que je ne rejette pas le blâme sur les employés municipaux qui ont respecté l’autorité légale et les limites du processus à la lettre. Qui plus est, je relève que la Loi sur l’aménagement du territoire, la Loi sur le patrimoine et le processus de l’autorité municipale entrent en conflit quant à l’examen d’un bien emblématique d’une telle importance. 

Le dépôt de cette demande nous a rappelé que, comme capitale nationale, nous devons veiller à ce que, pour les aspirations liées à la capitale, nous disposions de procédures d’examen « capitales » d’un niveau approprié pour des paysages d’un tel calibre.

En ce qui concerne les bâtiments patrimoniaux, que leur conception relève des autorités locales, provinciales ou fédérales, il faut suivre les lignes directrices énoncées. Il s’agit juste de lignes directrices, que nous devons prendre en compte, suivre et respecter. Il incombe au soumissionnaire de les interpréter, et aux employés de formuler des recommandations. Toutefois, la Ville ne saurait obliger un propriétaire à respecter un style de construction particulier. Comme beaucoup d’autres, j’aimerais que ces lignes directrices aient plus de mordant et permettent aux employés dévoués de Patrimoine Ottawa d’en faire plus.

Personnellement, tout comme de nombreux résidents, je préférerais que l’agrandissement du Château Laurier conserve la forme du bâtiment emblématique actuel. Malheureusement, il s’agit d’un bien privé; ses propriétaires ont les droits et les outils qui leur permettent d’apporter des modifications ou des ajouts à leur propriété.

Sur les plans présentés, en particulier, l’agrandissement de facture moderne a été modifié afin d’y inclure les deux pavillons de 10 et 11 étages (une augmentation de la hauteur prévue dans l’ancienne proposition), reliés par une passerelle de deux étages. L’utilisation de pierre calcaire, de motifs de fenêtres répétitifs et de verre est un changement positif aux matériaux officiellement proposés. 

Au rez-de-chaussée, le bâtiment propose une expérience de classe mondiale, ce qui, à mes yeux, constitue le plus bel élément. Les liaisons et les améliorations, y compris l’ouverture sur le parc Major’s Hill est un ajout bienvenu aux plans corrigés. Je tiens à m’assurer que ce nouvel élément s’intègrera de manière simple et appropriée entre le parc et l’agrandissement du Château Laurier. Pour l’heure, comme proposé, cela permet au Château Laurier de profiter du parc. Il faut néanmoins veiller à ce que cette voie soit à double sens et que les usagers du parc et les clients de l’hôtel puissent partager ce magnifique espace et cette zone de sorte que le site reste actif et opérationnel tout au long de l’année.

Ces nouveaux changements augmentent la hauteur par rapport à la version de 2019. Je reste préoccupé par l’élément de prépondérance que cette hauteur semble ajouter à l’agrandissement. En outre, les bâtiments à valeur patrimoniale, comme le Château Laurier, doivent respecter les normes et lignes directrices de Parcs Canada. Ces lignes directrices prévoient que : « Un bâtiment peut jouer un rôle en tant qu’élément caractéristique dans un paysage culturel, en plus de porter sa propre valeur patrimoniale. Les ajouts aux paysages culturels récents doivent se faire avec le plus grand respect et le plus grand soin et compléter la valeur patrimoniale du lieu. »

Au moment de concevoir un nouvel élément bâti, les lignes directrices précisent qu’il doit être subordonné, compatible avec le lieu patrimonial et qu’il s’en distingue. Je crois fermement que le bâtiment patrimonial doit demeurer l’élément central et que, pour respecter sa prédominance architecturale, l’agrandissement ne doit pas lui faire de l’ombre.

Le Château Laurier étant le bâtiment le plus emblématique de la cité parlementaire, on peut faire valoir que les sites ne doivent pas tous être modifiés et que, du point de vue de la collectivité et de la capitale, la modification de ce magnifique édifice n’apporte aucun avantage. Respecter l’édifice plus ancien, les matériaux, le caractère et la conception même de cet ensemble patrimonial, qui a résisté à l’épreuve du temps, se justifie.

La facture de ce bâtiment appartient à un style architectural que de nombreux autres hôtels ferroviaires ont copié dans tout le pays. Du toit en cuivre, aux corniches, aux tourelles et aux sols en marbre, toutes ces caractéristiques évoquent ces liens entre une partie du Canada et l’autre. Elles renvoient également à des moments extraordinaires de notre histoire, lorsque les touristes pouvaient emprunter notre réseau ferroviaire et voyager d’un bout à l’autre du pays, et séjourner dans des hôtels au style inspiré des châteaux.

Les résultats présentés ont été améliorés grâce à Patrimoine Ottawa. J’estime néanmoins que la modernité de l’agrandissement ne correspond toujours pas aux attentes de la cité parlementaire riche en histoire à laquelle appartient ce bâtiment.

Ailleurs au Canada, seuls quelques hôtels de ce style arborent des annexes modernes. De l’hôtel Royal York à Toronto à l’hôtel Empress à Victoria, en Colombie-Britannique, tous ont conservé leur caractère prédominant et distinctif, sans qu’aucun élément n’ajoute au bâtiment un effet négatif.

Autrement dit, toute annexe moderne ne me satisfait pas du tout et je ne saurais appuyer ceux qui s’écartent d’une tradition historique.

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