À titre de conseiller municipal et de président de la Société de logement communautaire d’Ottawa, je rencontre de nombreuses personnes et je m’entretiens avec elles, et certaines ont des histoires bouleversantes à partager.

Comme cette jeune mère de trois enfants de moins de 10 ans que l’on a installée dans un motel comme solution à court terme à son problème de logement, peu après son arrivée à Ottawa. Elle m’a dit à quel point elle était soulagée que la Ville lui ait offert aussi rapidement un hébergement d’urgence.

Seulement voilà, un an plus tard, elle est toujours à ce motel.

L’espace, une petite pièce sans cuisine, n’est pas un chez-soi.

« Combien de temps mes enfants vont-ils devoir rester ici? » m’a-t-elle demandé. Honnêtement, je n’ai pas pu lui donner de réponse concrète.

En moyenne, 2 000 résidents logent dans des refuges et des motels temporaires chaque soir. La Ville d’Ottawa paie la note pour ces motels, à partir de 110 $ la nuitée, pour loger des familles vulnérables comme la sienne. Ça fait 3 300 $ par mois dépensés par la Ville pour une famille.

La durée moyenne de séjour pour les familles est de 123 jours, mais beaucoup vivent dans ces conditions pendant des années avant d’avoir la clé de leur propre domicile.

Quand il s’agit de résoudre le problème de l’itinérance, cela commence par une vision fondée sur le pouvoir de cette clé.

Le 15 janvier, la Société canadienne d’hypothèques et de logement a publié ses taux de vacance pour les grandes villes du Canada – et le marché locatif d’Ottawa a connu la plus forte croissance locative au pays, le prix moyen d’un appartement à deux chambres passant à 1 410 $ par mois.

Je crois que nous pouvons faire mieux. Notre modèle actuel est un peu comme mettre un pied douloureux dans le plâtre alors qu’une bonne paire de chaussures règlerait le problème.

Les taux de vacance locatifs, même compte tenu d’une augmentation de 0,2 %, n’indiquent aucunement une modification du marché locatif. Au cœur de la ville, la SCHL estime que la hausse du taux de vacance est principalement attribuable aux unités à deux chambres. Mais le prix de location de ces unités disponibles est de 17 % supérieur à la moyenne canadienne. Selon le rapport, Kanata avait le loyer moyen le plus élevé pour une unité à deux chambres vacante, soit 62 % de plus que la moyenne canadienne.

Mais que signifie tout cela? Et en quoi cela peut-il aider la mère de trois enfants? Ou une femme célibataire qui n’a d’autre choix que de dormir dans un refuge?

Ottawa est une ville formidable. Elle a un faible taux de chômage, un revenu par ménage supérieur à la moyenne et elle est reconnue pour sa qualité de vie. Mais les problèmes d’itinérance et de pauvreté persistent.

Je crois que nous pouvons faire mieux. Notre modèle actuel est un peu comme mettre un pied douloureux dans le plâtre alors qu’une bonne paire de chaussures règlerait le problème.

La SCHL donne un aperçu de ce qui se passe dans cette ville. Mais étant donné le peu de logements locatifs disponibles, beaucoup de résidents sont laissés pour compte. Nous avons besoin de logements abordables et nous devons changer notre modèle actuel afin que le logement devienne un droit et non un privilège.

Le fait de continuer à investir de nouveaux fonds dans un ancien modèle n’a pas réglé le problème. À moins de construire des milliers de logements locatifs, pour créer de la capacité, nous sommes condamnés à continuer à payer pour les refuges et les motels. La clé d’une maison est hors de portée.

Il y a 12 000 personnes sur la liste d’attente de la Ville pour un logement abordable, et si tous les paliers de gouvernement travaillaient ensemble pour aider à fournir une clé – l’option la plus abordable – cela ouvrirait la porte d’un foyer pour tout le monde, pas seulement une solution rapide pour la nuit sans véritable résolution en vue.

Je mets au défi les constructeurs d’aider à augmenter la capacité locative en construisant plus de logements locatifs dans notre ville. Un plus grand nombre de logements disponibles crée une ville abordable.

Une clé offre de l’espoir, et j’espère mettre une clé dans chaque main, afin que chacun d’entre nous ait un chez-soi. Une clé pour cette mère de trois enfants lui donne une cuisine, des chambres et l’assurance d’un avenir meilleur. J’invite tous les paliers de gouvernement à participer à cette conversation afin de libérer le potentiel du marché locatif, une solution moderne pour résoudre les problèmes d’itinérance auxquels notre ville et d’autres villes canadiennes sont confrontées.

Mathieu Fleury est le conseiller de Rideau-Vanier, représentant la Côte-de-Sable, la Basse-Ville et Vanier. Il est également président de la Société de logement communautaire d’Ottawa, le plus important locateur à Ottawa, possédant 15 000 logements et plus de 32 000 locataires. Écoutez sa conférence TED à ce sujet, sur le site suivant : https://youtu.be/4JoEVtR2BzE