Alors que beaucoup s’inquiètent à savoir quand ils seront vaccinés contre la COVID, il est important de se souvenir que tout le monde n’est pas entièrement enthousiaste. Pour rétablir l’ordre dans ce monde plongé dans le chaos par la pandémie, il faut prendre en compte l’équité raciale et en matière de santé.

Nous avons vu la COVID‑19 toucher de façon disproportionnée certains groupes de notre société, en particulier nos aînés et les membres des communautés racialisées. Compte tenu de ces réalités, nous nous attendrions à ce que ces mêmes groupes soient mis en priorité pour bénéficier des avantages de l’immunité vaccinale. Nous pouvons être rassurés sur le fait que nos aînés sont la priorité absolue dans le déploiement du vaccin. Cette priorité ne s’applique toutefois pas aux communautés racialisées – qui semblent avoir été oubliée.

Il y a quelques mois seulement, une stratégie encourageant des personnes à très faible risque à faire la queue pendant des heures pour subir un test de dépistage nous a fait faux bond. Donner l’accès au dépistage à des personnes qui n’en avaient pas vraiment besoin a non seulement entraîné un gaspillage de précieuses ressources en matière de soins de santé, mais nous a également empêché de faire passer le test aux personnes les plus exposées. Nous avons manqué la véritable menace d’un virus concentré chez des personnes qui ne pouvaient pas facilement s’isoler ou qui se heurtaient à de nombreux obstacles pour se faire dépister. Le système supposait également que tout le monde avait une voiture. Les mères qui avaient la perspective d’emmener leurs enfants en bas âge avec elles en bus vers un centre de dépistage, pour ensuite faire la queue pendant des heures, se tenaient plutôt à l’écart – puis allaient travailler, peut-être dans des emplois de première ligne, pour pouvoir survivre. Au moment où nous avons compris la nécessité de créer un accès équitable au dépistage et à l’isolement pour tous les citoyens, le virus était hors de contrôle.

La situation sera‑t‑elle la même lors du déploiement du vaccin?  La longue histoire du racisme systémique et de l’abus dans notre système de santé est honteuse et, malheureusement, toujours d’actualité.

Beaucoup de personnes issues de communautés racialisées hésitent à se faire vacciner. Les populations qui ont supporté le fardeau du plus grand dommage causé par COVID-19 peuvent ne voir que peu de raisons de faire confiance aux institutions mandatées pour les protéger. Certaines sont influencées par les messages des vidéos de “conspiration” qui prétendent que le vaccin est un outil pour les anéantir.

Pourquoi devrions‑nous nous préoccuper du fait que les personnes issues de communautés racialisées ne veulent pas se faire vacciner?

En tant qu’humains, nous nous soucions des autres et voulons les meilleurs résultats possibles pour eux. Notre engagement renforcé à promouvoir l’égalité raciale au cours des six derniers mois nous oblige. Même les plus endurcis et indifférents peuvent constater qu’il faut agir, ne serait‑ce que dans leur propre intérêt.

Nous bénéficions collectivement de la protection offerte par le vaccin contre la COVID. Cette protection est particulièrement bénéfique lorsque tout le monde est protégé.  Moins les ressources de santé doivent être utilisées pour les soins COVID-19, plus elles peuvent être disponibles pour d’autres besoins de santé essentiels.

Le pays qui protège tout le monde sera le premier à revenir à la normale. Ce que « la normale » veut dire : croissance économique, réduction de la dette liée à la COVID, résultats positifs en matière de santé mentale et physique et possibilité d’une qualité de vie optimale, et ce, pour tous.

Il s’agit d’un enjeu élémentaire d’équité en matière de santé. Il est notoirement simple, mais intrinsèquement compliqué. Les personnes travaillant dans les soins de longue durée, les soins à domicile, le commerce de détail et toutes les autres professions “essentielles” où la main-d’œuvre provient de manière disproportionnée de communautés racialisées ont le pouvoir d’accélérer ou de ralentir nos efforts pour revenir à une vie normale. C’est une question de confiance.

Les meilleures réponses viendront lorsque nous travaillerons avec les communautés touchées et les écouterons. Nous pourrions découvrir que nos plans ne fonctionneront pas ; après tout, nous ne sommes pas des experts de leur vie. Il se peut que les responsables de la santé ne soient pas aux commandes, car ils ne sont pas encore les voix de confiance dans le processus. Vous vous sentez humble ? Oui. Mais il est facile de remédier à la situation si nous sommes suffisamment attentifs pour essayer.

Les communautés peuvent résoudre des problèmes complexes. Si cela n’était pas vrai, la race humaine ne pourrait pas survivre. Pouvons-nous prendre le temps de demander aux gens ce qu’ils doivent savoir pour se sentir en sécurité, afin que nous puissions tous être plus sûrs ?

Les terribles conséquences de cette pandémie s’accompagnent de possibilités formidables : celle de construire une société un peu plus résiliente et beaucoup plus égalitaire et juste qu’elle ne l’était auparavant.

Wendy Muckle, directrice générale d’Ottawa Inner City Health, un organisme dont la mission est de contribuer à mettre fin à l’itinérance dans la collectivité en offrant des soins de santé et en améliorant la qualité de vie des résidents.

Mathieu Fleury, conseiller de la Basse‑Ville, de la Côte‑de‑Sable et de Vanier et président de la Société de logement communautaire d’Ottawa, le propriétaire le plus important d’Ottawa, qui offre des services à plus de 32 000 locataires dans la ville.